RingoleV.io Cosmique

En septembre dernier les Cahiers intempestifs remportaient l’appel d’offres lancé par le musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (MAMC+) et le Club des partenaires pour l’édition du livre RingoleV.io Cosmique de Maxime Duveau. L’originalité de sa ligne graphique et son expérience dans le domaine du livre d’art distinguèrent la maison d’édition de Gutenberg parmi ses concurrents.

Une expérimentation plastique

« Sunset Bvd/Maltman Ave », conçue comme expérimentation plastique, est une série « dessinée » par l’artiste au scotch, au cutter, puis retravaillée en sérigraphie, au fusain, au tampon, à l’encre de chine. Ces dessins, à l’apparence photographique et inspirés de clichés pris par l’artiste lors d’un périple californien, interrogent pleinement et le processus de la manipulation d’images et l’essence même de la photographie.

Dégradé du noir au blanc, entravé de motifs, le vocabulaire architectural emblématique de Los Angeles et de San Francisco se conjugue aux symboles de la contre-culture californienne en laissant la part belle à son legs musical. Les vues de Sunset boulevard côtoient ainsi la statue de Johnny Ramone, ou celle du groupe Jefferson Airplane.

Maxime Duveau réinterprète également les mythologies californiennes dans le polar qu’il a écrit pour l’occasion et qu’il présente dans l’exposition comme la première de ses œuvres. L’artiste avec cette édition entendait, en effet, faire sienne la phrase de Sol Lewitt comme quoi « les livres sont le meilleur médium pour beaucoup d’artistes d’aujourd’hui » et travailla ainsi, aux côtés de Véronique Gay-Rosier, dans l’idée de faire de ce roman un véritable livre d’artiste, une œuvre d’art à part entière.

Placée sous le signe du « Ringolevio », jeu violent auquel les enfants s’adonnaient dans les rues du Bronx ou de Brooklyn (sorte de flics-attrapent-voleurs), et titre de l’ouvrage autobiographique d’Emmett Grogan, ce livre d’artiste, enquête policière se déroulant entre San Francisco et Los Angeles, est librement inspirée de l’univers du roman noir et de la contre-culture américaine. Son titre RingoleV.io Cosmique est un clin d’œil conjoint à l’autobiographie d’Emmett Grogan et au roman V. de Thomas Pynchon (« Une sorte de carambolage dans une partie de billard cosmique »).

        

Un livre d’artiste conçu comme un jeu de piste

Difficile pour un éditeur/graphiste de choisir son camp dans ce Ringolevio éditorial : comment avec 3 indices (un V. gravé sur un arbre, une trace de pneu et une douce odeur de séquoia) éditer un livre que l’artiste imaginait, à l’instar de ses dessin, sous la forme d’un puzzle en trompe l’œil, et avec un graphisme très connoté (composition dense des polars bon marchés diffusés « sous le manteau »). Quadrature du cercle de devoir donc concevoir un roman où l’on s’égare totalement mais où cette errance est un jeu de piste un minimum balisé. Quadrature du cercle de devoir « restaurer » (à l’image des éditions bas de gamme de l’époque) une typographie datée et une mise en page compacte, ramassée, pour un livre d’artiste qui se veut malgré tout élégant, pérenne, et qui doit être valorisé, exposé comme l’œuvre qu’il entend être.

Le corps de l’ouvrage a été composé dans une version modernisée de la police Bodoni, version dessinée par le typographe californien Jim Parkinson (qui fut entre autres directeur artistique de Rolling Stone magazine). L’Optima a été choisie pour son étui afin de bénéficier de la modernité des typographies sans serifs (paradoxalement dite « antiques ») en accord avec  le graphisme de la charte du musée, mais qui, par certaines fioritures de ses « pleins et déliés », ne jurait pas pour autant avec le Bodoni de Parkinson (police à empattements classique mais mâtinée de psychédélisme). La violence d’un papier blanc azuré pour le roman (Olin rought absolute white 200gr) a été pensée en contraste avec le noir oppressant, mat et sourd, teinté dans la masse, de l’étui à cigarette qui lui sert de boîtage (Sirio ultra black 680 gr).

L’exposition durera jusqu’au 24 février 2019 au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole.

Maxime Duveau est représenté, sur Paris, par les Galeries Houg et Bertrand Grimont.

D’autres images du roman et de sa monstration dans l’exposition « Sunset Bvd/Maltman Ave » est en ligne sur http://www.cahiers-intempestifs.com/ringolevio.html